Biographie :
Il est amateur de parfums depuis sa plus tendre enfance. C’est en collectionnant des échantillons qu’il a très vite été sensibilisé aux flacons et plus tard, aux odeurs et aux parfums. Après un bac C, sa décision de devenir parfumeur était prise. Il intègre alors l’ISIP qu’il quitte après un an de formation. pour rejoindre l’Ecole Roure à Grasse où il y suit une formation interne. Jean-Michel Duriez est parfumeur depuis 1986. Son métier est pour lui « une découverte perpétuelle et quotidienne du monde des odeurs et du monde tout court ». Pour lui, être créateur-parfumeur, c’est « nécessairement être ouvert au monde des odeurs quelles qu’elles soient ».
Interview de Jean-Michel Duriez, Parfumeur-Créateur
Planète Parfumeur, n°8, septembre-octobre 2001
Propos recueillis par Bernard Bourgeois avec la complicité de Nathalie Pichard.
Jean-Michel, puis-je vous demander quel est votre signe astrologique ?
Sagittaire ascendant Poisson, mélange de Feu et d’Eau.
Pouvez-vous définir votre personnalité en 3 mots ?
Sincère, passionné, ouvert.
Quel a été votre parcours avant de vous consacrer à la Parfumerie ?
J’ai intégré l’I.S.I.P. en 1982. Au terme de la première année, déçu par le contenu des études, j’ai décidé d’abandonner. J’ai eu la chance de rencontrer René Bourdon, Président d’Honneur de l’Ecole, qui a déclenché ma vocation en me facilitant l’accès à l’école interne de parfumerie de Roure à Grasse, en 1984. Tenu d’accomplir mes obligations militaires, j’ai ensuite eu une traversée du désert au cours de laquelle Jean KERLEO m’a accordé le privilège d’accéder au laboratoire Jean Patou à Levallois. J’y ai beaucoup appris. Dans le même temps, j’ai suivi une formation d’Analyste Programmeur, ce qui rend mon parcours de parfumeur totalement atypique. A la suite d’un contact pris avec Karine DUBREUIL, j’ai débuté mon métier chez François BERNDT, société Etudes et Diffusions Olfactives pendant 3 ans. En 1989, j’ai rejoint KAO France où, avec Henri SORSANA, j’ai peaufiné ma formation de Parfumeur et cristallisé ma passion. Chez KAO, j’ai pu aussi apprendre la parfumerie technique, qui nécessite rigueur, concision et rapidité. En 1997, Jean KERLEO m’a contacté pour me proposer de rencontrer Jean de MOÜY afin de devenir le 4ème parfumeur de la prestigieuse maison Jean PATOU.
Comment votre vocation est-elle née ?
Ma vocation est née de manière très classique. J’ai en effet débuté dès mon enfance une collection de parfums miniatures que me donnaient mes parents et me suis passionné très rapidement pour cet univers magique.
Avez-vous eu un maître en Parfumerie ?
Jean KERLEO a exercé une très forte influence spirituelle sur moi, de plus ce sont les parfums eux-mêmes qui ont influencé ma passion.
Avez-vous des matières fétiches ?
Sans conteste, l’Osmanthus qui est un équilibre entre chaud et froid, insouciant et sensuel. Il sent l’abricot, l’encre de Chine et l’animal. J’aime tellement cette matière que j’ai voulu l’introduire dans mon premier parfum Patou, Un Amour de Patou, pour sa fraîcheur, là où d’autres l’utilisent habituellement pour sa sensualité. J’aime aussi le head space de Fleur de Troëne pour sa nostalgie de l’enfance, les haies des jardins ... Le Magnol de KAO évoque particulièrement bien cette fleur.
Parmi vos créations personnelles, quelle est celle dont vous tirez le plus de fierté ?
Le YOHJI YAMAMOTO pour homme dans lequel j’ai pu exprimer ma créativité en toute liberté. Ce mélange de Rhum, Café et Réglisse semble séduire beaucoup, c’est un succès d’estime et j’y suis très attaché. je suis fier également du LACOSTE FOR WOMEN, plus accessible avec cependant une vraie identité. Pour ma part, un parfum doit comporter quelques aspérités, voire des déséquilibres ; ce n’est pas qu’un simple assemblage de belles odeurs.
Quels sont les parfums qui vous transmettent une véritable émotion ?
Pour moi, l’infusion de Musc est un parfum à lui seul, il m’émeut. Même s’il faut aujourd’hui l’oublier ... Parmi les féminins : Parure, Mitsouko, l’Heure Bleue, Jicky, et le premier Yohji femme. Parmi les masculins : Pour Monsieur, Bel Ami et Allure pour homme.
En dehors de la création en parfumerie quelles sont vos passions avouables ?
J’ai deux passions que je prends avec confort et comme un espace de liberté : la mode et la photo.
Quelle est votre vision de la parfumerie du prochain millénaire ?
Avec notre panoplie de matières, les parfumeurs vont travailler avec d’autres techniques et d’autres interprétations. Je crois à la redécouverte de l’authentique et à l’avenir des niches. Il y a également une évolution qui se dessine avec l’émergence de nouveaux supports et de nouvelles gestuelles.
Si votre sensibilité créative devait se rattacher à un courant pictural, quel est celui que vous choisiriez ?
La photo noir et blanc pour ses contrastes. J’ai beaucoup d’admiration pour Cartier-Bresson, Doisneau, Avedon, mais aussi Pierre & Gilles, ou Andy Warhol. Mon amour de la peinture irait plutôt à Nicolas de Staël.