Biographie :
Il est devenu parfumeur « par hasard et par chance » le 19 février 1973 comme chimiste spécialisé dans la chromatographie auprès d’une maison de parfumerie. Puis sur une période de 6 ans, il est passé de la chimie à la parfumerie puis parfumeur le 1er juillet 1978. Maurice Roucel considère le parfumeur tel « un peintre ou un musicien. Un artiste qui est ouvert. Un technicien qui mélange des odeurs tel un peintre des couleurs ou un musicien des sons ». Sur son métier, « il en aurait trop à dire sur cette page trop petite ».
Interview de Maurice Roucel, Parfumeur Créateur
Planète Parfumeur, n°13, janvier-février 2003
Propos recueillis par Bernard Bourgeois.
Puis-je vous demander quel est votre signe astrologique ?
Je suis Vierge ascendant Vierge et la St Maurice se situe dans la période de la Vierge. Je suis donc un concentré de virginité.
Dernière précision : je suis Tigre dans l’astrologie chinoise.
Pouvez-vous définir votre personnalité en 3 mots ?
Déterminé, curieux et passionné.
Quel a été votre parcours avant de vous consacrer à la Parfumerie ?
J’ai débuté mon activité professionnelle au CNRS dans la recherche et la synthèse organique. Puis, j’ai intégré Chanel en tant que Chimiste et spécialiste de la chromatographie gazeuse. J’y ai côtoyé Henri Robert et François Demachy. J’ai ensuite rejoint IFF où j’ai travaillé 6 ans.
Je suis donc arrivé à la Parfumerie par l’analyse.
Comment votre vocation est-elle née ?
J’étais à la recherche de quelque chose. J’avais envie de mettre ma vie au service d’une cause.
En fait, nous avons tous une richesse et une différence en nous. Il faut parvenir à les faire sortir.
Avez-vous eu un Maître en Parfumerie ?
Je n’ai pas eu de maître. En revanche, j’ai eu la chance et le plaisir de vivre de nombreuses expériences avec des parfumeurs de renom.
Avez-vous des matières fétiches ?
J’ai plutôt des réflexes de matière qui font qu’une composition traduit la signature du parfumeur.
Cela dit, je suis fasciné par l’Ambroxan, mi femme mi homme, par la Muscone d’une prodigieuse douceur animale, par la fleur de Magnolia que j’ai illustrée pour la première fois dans 24, Faubourg.
Parmi vos créations personnelles, quelle est celle dont vous tirez le plus de fierté ?
Toutes mes créations ont exigé un fort investissement personnel. Or, j’attache beaucoup d’importance à la complicité qui se crée pendant l’accouchement avec le client.
Le parfum est comme un bébé.
Il faut du temps et de l’amour. Il faut l’éduquer et le faire grandir.
Plus il est entouré, meilleure est sa longévité.
Les clients n’ont donc que les parfums qu’ils méritent.
Quelles sont les parfums qui vous transmettent une véritable émotion ?
J’aime certains Guerlain - Après l’ondée, l’Heure Bleue, Habit Rouge-, trois Chanel - le 19, Cristalle et Monsieur -, Aromatics Elixir chez Estée Lauder, Miss Dior et Farhenheit chez Dior, masculin particulièrement créatif.
En dehors de la création en parfumerie, quelles sont vos passions avouables ?
Je suis amoureux des femmes. Parce qu’elles ont toutes quelque chose, une identité à déshabiller.
J’adore la littérature française, les classiques Balzac, Zola mais aussi Blaise Cendrars, Ernest Hemingway, Stephan Zweig.
Et puis, je suis fasciné par l’Art japonais.
Quelle est votre vision de la Parfumerie du prochain millénaire ?
La Parfumerie est née au début du siècle dernier, en même temps que l’automobile, au moment où la révolution bouleversait les arts et les mœurs. La parfumerie était donc réservée à des esthètes.
L’automobile a su évoluer, la parfumerie pas autant.
Cette dernière doit donc retrouver une dimension esthétique, celle qui prévaut dans toutes les créations d’Ettore Bugatti.
Si votre sensibilité créative devait se rattacher à un courant pictural, quel est celui que vous choisiriez ?
Le Fauvisme.