Au XVIIe siècle, les parfumeurs français, majoritairement des Parfumeurs-Gantiers, qui étaient réunis en corporation depuis Philippe-Auguste, obtiennent des statuts solides. Devenir maître gantier-parfumeur suppose quatre années d’apprentissage suivies de trois autres de compagnonnage. Colbert qui considère la parfumerie française comme une grande industrie nationale en puissance encourage son développement.
Cet essor est favorisé par les grandes plantations d’orangers réalisées dans la région de Grasse où se multiplient aussi les cultures de plantes à parfum : rose, oeillet, tubéreuse, violette et jasmin. Dans le même temps, les compagnies françaises des Indes orientales et occidentales donnent aux parfumeurs un accès direct à de nombreux produits exotiques.
A Versailles où règne l’étiquette la plus rigoureuse, le parfum qui se décline à travers de multiples accessoires odoriférants (sachets, éventails, mouchoirs, vêtements, perruques, chapelets et gants parfumés) a évidemment pour fonction de manifester le rang social. Il forme autour de la personne un véritable halo qui la prolonge et la magnifie. Louis XIV, surnommé le "doux fleurant ", aime voir son parfumeur Martial lui préparer ses parfums. Le Prince de Condé assiste aussi au parfumage de son tabac. Cette plante, originaire d’Amérique, est fréquemment aromatisée à la fleur d’oranger, à la rose, au jasmin, au musc, à la civette, à l’ambre. Suivant l’ exemple de la maréchale d’Aumont qui a mis au point une formule de poudre dite "à la Maréchale", à base d’iris, de coriandre, de girofle, de calamus et de souchet, les courtisans confectionnent, pour se divertir, toute sorte de produits parfumés. A une époque où c’est Versailles qui donne le ton à toute la bonne société française et européenne, cette passion des senteurs est naturellement un puissant facteur de succès pour l’activité des parfumeurs.
Louis XIV aime tant les parfums qu’il leur devient allergique. Saint-Simon rapporte qu’excepté l’odeur de la fleur d’oranger, il ne pouvait plus rien supporter et qu’il fallait faire très attention quand on l’approchait. "Jamais homme, conclut le moraliste, n’aima tant les odeurs et ne les craignit tant après, à force d’en avoir abusé". Mais, l’allergie royale ne saurait suffire à remettre en cause les pouvoirs prophylactiques, thérapeutiques et nettoyants accordés au parfum. Plus que jamais, il est censé protéger du mauvais air. L’environnement odorant d’un palais qui ignore les latrines est, en effet, épouvantable. On fait donc brûler dans les pièces du château quantité de cassolettes. Et, en temps de peste, ce sont des "parfumeurs" rétribués par les villes qui désinfectent, à l’aide de fumigations aromatiques, parfois renforcées par des effluves violents (ceux du soufre, de l’arsenic, de la poudre à canon), les maisons contaminées et les habitants.
Annick Le Guérer