Questions de parfumerie
Essais sur l’art et la création en parfumerie Jean-François Blayn, Pierre Bourdon, Guy Haasser, Jean-Claude Delville, Jean-François Latty, Maurice Maurin, Alberto Morillas, Dominique Preyssas, Maurice Roucel, Henri Sebag, Christian Vuillemin Corpman Editions, 1988, page 28
17. Aristocrates du parfum et soutiers de l’odeur ?
Un autre raisonnement, nuancé mais perfide, qui a cours dans le monde même des parfumeurs, admet la possibilité d’activité artistique lorsque le parfum est composé, puis utilisé pour lui-même. En revanche, lorsque le parfum est employé comme additif odorant à un objet dont la fonction n’est pas celle de parfumer, on récuse toute intention artistique. Les conséquences de cette interprétation sont pernicieuses, elles entretiennent un esprit de discrimination au sein des compositeurs. Elle perpétue l’idée que les créateurs composant pour la parfumerie alcoolique ont leur place à la droite de l’art, les autres qui oeuvrent pour des catégories différentes se voient rejeter dans les enfers de la parfumerie. En somme, d’un côté les aristocrates du parfum, de l’autre, les soutiers de l’odeur. La vue est erronée, « pour la simple raison que les uns et les autres composent, et que c’est la composition qui fait le compositeur ». E.Roudnitska (*) La noblesse par la finalité de l’objet est un leurre, comme est inexacte l’affirmation qui laisse entendre que la démarche créative et artistique est de nature différente selon cette finalité. S’il y avait une distinction à établir, ce serait celle de la vanité humaine. L’attitude artistique est une démarche de l’esprit, elle existe ou n’existe pas, elle ne se fonde pas à partir de la nature de son objet ou au travers du champ de son activité, mais dans la visée de l’homme qui élabore. La parfumerie est liée à l’art, il n’en constitue pas le complément culturel, discriminatoire ou facultatif.
(*) Edmond Roudnitska, correspondance avec le groupe colisée, 1987